Un rêve.

Lézard-nuit sur les cimes
Criblé de feu, criblé de pièges où il arrive qu’on sombre
Les bivouacs, les colonies nous avalent
Un oreiller contre le visage

 

 

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Répit.

Refuser d’être conforme : accepter ce que le monde refuse. Devenir ce qui est souvent réfuté. Le monde aura beau faire pour entrer dans la sphère poétique d’une œuvre, il n’en percera jamais la surface. Étanchéité à toute épreuve.

Un son mat, fragile, régulier traverse pourtant l’opacité de la poésie. C’est le bruit que fait le monde lorsqu’il se brise sur l’acte poétique, sur l’imaginaire. Le bruit du monde qui se brise sur son reflet que l’honnêteté a distordue. Le bruit de notre être que le ressac entraine contre notre propre visage magnifié.

Pourtant cet écho est rassurant : il rappelle que nous sommes ancrés dans le non-poétique, protégés des affres de la poésie qui tempêtent au large. Cet écho rappelle le heurt que subit la parcelle de monde devant ses propres vérité et ce alors qu’il reste à l’abri.

La poésie aura beau faire, elle est prisonnière de ses crépuscules violets et roses, prisonnière des foudres qu’elle jette sur les vagues énormes de la nuit. Le monde à sa façon est d’une étanchéité à toute épreuve.
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Des Ours et des crabes.

À mon réveil, je suis resté étendu sans bouger sur le canapé. Les minutes ont passées et je me serais sans doute rendormi si quelqu’un n’avait pas sonné à la porte. Je passais quelques jours chez mon cousin Simon à Longueuil, et il était curieux qu’on sonne à sa porte une journée de semaine. Peut-être sa tante ou son oncle habitant l’étage du dessous et qui auraient oublié leur clé?

Je me suis redressé. Quelle heure pouvait-il être? J’ai jugé que la journée s’avançait, il était tard, il aurait pu être autour de midi. Je m’étais endormi tout habillé. Je me suis levé, j’ai ouvert, j’ai appuyé sur le buzzer. Deux femmes qui m’étaient inconnues sont entrées dans le vestibules. Elles ont immédiatement fermé la porte derrière elles, puis elles m’ont salué.
Toutes deux étaient habillées avec soins. La première portait un manteau de feutre couleur aubergine, et ces cheveux gris étaient coiffés avec rigueur et précision. La seconde se prénommait Janine, elle portait un long imperméable vert bouteille. Puis la première s’est mise à monter les escaliers tout en s’entretenant avec moi. Elle m’a demandé si je trouvais que la planète se portait mal. Elle a insisté sur le fait que la terre était en ce moment même en grand péril car la morale des humains étaient sales. Ce faisant elle montait lentement les marches jusqu’à atteindre ma hauteur. Son regard était intense et brillant. Elle m’évoquait un félin prêt à bondir sur sa proie. Janine plus réservée écoutait et soutenait sa partenaire du pallier inférieur. Nous avons parlé quelques temps. Elle monologuait plutôt et racontait que Dieu avait prévu un événement au cour duquel les choses allaient être vérifier ou régler. Que ce serait un événement imminent, juste et bon. Ou quelque chose de la sorte…

C’était le matin, je venais de m’éveiller d’un rêve où j’étais un ours et mon meilleur ami un crabe des neiges et nous basculions dans une abysse profonde. Je me souviens aussi d’une main de flammes : tout ceci devenait très confus.

Elle m’a tendu un magazine, et en le feuilletant elle expliquait la valeur spirituelle des articles qu’il contenait.
Mon réflexe aurait été de refuser le magazine, pourtant je l’ai pris. J’ai même dit merci.
Elles ont promis de repasser.

Je repense à cet évènement et je me dis pourquoi aurais-je refusé le magazine? Des ours et des crabes des neige qui sombrent, et s’éveiller dans un salon, voir la maison investit d’inconnues, la terre en péril…
Le magazine est sur ma table de chevet. Je le lirai un de ces jours.
La vie est bizarre.

Cette anecdote me rappelle cette fois au printemps dernier où avec un ami nous avions mangé des champignons. Nous avions marché toute la nuit dans les ruelles et sur le bord des voies ferroviaires. Nous étions des chats sauvages. À un moment nous nous sommes étendue sur une butte dans un parc. Nos cheveux étaient plein de foins; et malgré la présence de piétons sur les trottoirs, des passants dans les sentiers du parc, des voisins assis sur leurs balcons, des oiseaux endormis dans les arbres et des grillons grillonnant dans l’herbe, nous en sommes arrivés à dire ensemble d’une même voix :
Tout me porte à croire que nous sommes seuls au monde.

Oisillons.

Il avait été prévu ce soir-là que nous irions au jardin botanique après la fermeture. C’est facile. Il suffit de traverser par-dessus la clôture et d’éviter les vigiles en voiturettes. Mais autour de six heures du soir, je me suis senti la tête lourde et suis allé m’étendre dans ma chambre. J’ai du faire de la fièvre, car la soirée s’est avancée et j’ai dormi tout au travers. Et ce qui était bizarre, c’est que j’entendais tout. Mon esprit attrapait les bribes des conversations de mes colocs, et les éclats de leur rire. Le va-et-vient de leur pas dans la maison. Leurs entrées et leur sorties. Mes colocs faire la cuisine dans la pièce du fond, préparer les légumes, couper le pain, frire le tofu. Chose certaine, ce n’était pas un sommeil ordinaire, car lorsqu’ils sont venu me chercher pour manger, je n’ai su que babiller un quelque chose de flasque, et on m’a laissé dormir un peu.

En fait, j’ai dormi longtemps.

J’ai voulu me lever pour les rejoindre, parler ou crier, les appeler : « je vais bien, j’arrive, nous mangerons et ensuite nous irons au jardin ensemble. » Mais je restais étendu. Je me retournais dans mon lit, j’avais chaud. Et rien de mes intentions d’être avec la famille ne se produisait. Je me sentais faible, et mes pensées comme de la gelée, molle et insaisissable.
J’imaginais ou je rêvais ce nid d’oisillons. Des oisillons si jeunes qu’ils étaient sans plume et encore aveugles. Ils criaient, s’égosillaient, désirant le retour de leur mère, de leur père, d’un sentiment de protection et d’une caresse de l’aile sur leurs visages échauffés. Et dans ma confusion et ma fièvre, je n’étais pas comme ces oisillons alarmés. J’étais tout à fait ces oisillons.
Je me retournais dans mon lit, et j’étais trempé de sueur. Et j’ai trouvé tout très bizarre lorsque je me suis réveillé à une heure avancée de la nuit, et que je me suis retrouvé dans notre appartement plongé dans le noir et le calme.

Je me suis levé – chancelant il me fallait tenir le mur pour marcher – et me suis dirigé vers la cuisine dont la porte était fermée. Une ténue raie de lumière passait sous la porte. J’ai ouvert. La pièce était nue et rangée. La lumière du four était ouverte. Elle offrait un éclairage chaud et tendre. Dans une assiette sous une cloche de verre, un burger au tofu et une portion de frites de patate douce. Un mot posé : « Alex il y a une salade pour toi au frigo. »

J’étais à la maison.